Les premières impressions

Un challenge un peu difficile que je me suis fixé là !
Vouloir, d'un bloc, livrer tout ce qui peut passer par la tête lorsqu'on se retrouve dans un pays inconnu : une gageure. Tout au moins si on veut le faire avec un peu d'objectivité et de recul.
Mais ces "premières impressions" méritent d'être exposées puis gardées en mémoire pour ne pas s'accoutumer, s'habituer et pouvoir encore "voir les choses" avec un regard sans cesse renouvelé.
Passée donc la première nuit, accueilli par un voisin charitable (je rappelle que dans mon appartement, il n'y a pas encore d'eau et d'électricité...), me voilà parti pour découvrir le monde.
L'approche paraît simple, la nuit a été somme toute correcte si on exclut une petite guerre bactéricide contre certain moustique  qui s'est réfugié, tout comme moi, sous la moustiquaire. Le décalage horaire est minime et permet dès le premier matin de se lever assez tôt.
Seule difficulté, parce qu'en cette mi-juillet c'est la saison de "l'hivernage", c'est la chaleur ou plutôt l'humidité. Drôle de nom donné à cette saison. Heureusement que j'avais lu quelques guides un peu avant de venir, car on pourrait s'attendre (non pas à de la neige, il ne faut pas rêver) à une température fraîche.
Ce premier constat fait conduit tout de suite à se dire qu'il ne va pas falloir observer les choses avec un oeil de toubab, mais plutôt rester vigilant face à une réalité qui est en complet décalage avec les schémas classiques d'un européen.
Me voilà donc parti avec mon guide (heureux homme que je suis) vers mes premiers rendez-vous.

Je cesse là le côté chronologique pour m'intéresser à chacun de mes sens.

La vue :
Dans ce domaine, tout commence par l'activité qui règne partout, une activité débordante, pleine de vie.
On ne sait donc où tourner son regard pour voir tous ces gens qui vaquent et s'affairent vers des destinations inconnues.
La circulation est assez dense et même de plus en plus dense au fur et à mesure que l'on s'approche du centre de Dakar. C'est une succession de taxis, bien reconnaissables à leur couleur jaune, de mini-cars bariolés et couverts d'inscriptions porte-bonheur, mais aussi de gros 4x4.
La difficulté, dans ce flux, est d'éviter les écueils !
Cela méritera sans doute un article sur le code de la route local qui nécessite un peu d'accoutumance.
Et il y aussi les piétons (car tout le monde n'a pas les moyens de se payer un transport automobile). Les tenues sont bigarrés et soignées, ou à l'inverse dans des couleurs ternes et proches de hayons.
A chaque coin de rue, des marchands ambulants qui tentent leur chance auprès des conducteurs et passagers, en proposant des cartes téléphoniques (très courants), des ustensiles de cuisine, des kleenex, des serviettes, des piscines gonflables, des tapis de prière, des livres, etc.
Mais il y a aussi des femmes qui mendient, parfois accompagnées de leur gamin, ou des gosses tout seuls avec leur boîte de conserve, ou encore des handicapés dans leur fauteuil roulant.
Les échoppes, plus que rudimentaires et parfois crasseuses, sont emplies de monde qui travaille, qui achète.
Et puis on se prend à observer le paysage. Pas vraiment ravissant en fait (c'est la particularité de Dakar). La pluie n'a pas encore apporté sa manne bienfaisante et tout est sec. La terre et le sable affleurent partout, même sur la route qui est parfois couverte d'une poussière ocre et légère. Il y a des immeubles en construction partout avec leurs tas de gravats inévitables.
Et puis, il y a aussi la saleté. Beaucoup de déchets abandonnés qui gâchent un peu la première approche. Des flaques d'eau saumâtre dans les rues de certains quartiers.
Mais un point qui domine visuellement, c'est qu'on a l'impression en les regardant que, malgré ces apparences qui choquent le visiteur européen, les gens sont heureux. Des sourires partout, des signes amicaux. Pas ou peu d'agressivité !
Des gamins, en troupe, jouent au foot au milieu de la rue. D'autres, encore plus petits, s'amusent ensemble sur les trottoirs. Imaginez cela à Paris ! Non ? Pas vraiment ?
Peut-être une certaine qualité de vivre, à défaut d'une réelle "qualité de vie".
On en prend plein les yeux  !!!

L'odorat :
Là, ça devient un peu difficile ! 
D'abord, parce qu'en absence de vent et en raison de l'humidité ambiante, l'atmosphère ne se renouvelle pas.
Il flotte donc en permanence et quasiment partout une odeur particulière, indéfinissable, qui me rappelle d'autres séjours sous des cieux tropicaux. Insecticide ? Je ne saurais le dire.
Mais rapidement, d'autres parfums prennent le pas ... pas forcément agréables ...
Il y a bien sûr, à proximité des routes, cette odeur de gaz d'échappement entêtante. Il faut dire qu'ici une bonne partie des véhicules "fument". Blanche ou noire, la fumée se déroule à force de grands nuages derrière les voitures hors d'âge (et aussi hors d'entretien). Rouler les fenêtres ouvertes implique sans doute quelques risques pulmonaires.
Comme si cela ne suffisait pas, d'aucuns décident par endroit de faire brûler leurs déchets, ajoutant des effluves de plastique carbonisé.
Et enfin, il y a le problème des eaux qui ont un peu de mal à s'évacuer et qui croupissent, auxquelles s'ajoutent quelques ordures ménagères abandonnées sur le bord d'un trottoir et attendant un hypothétique éboueur.
Je conseille particulièrement le port de pêche de Soumbédioune quelques heures après l'arrivée des pirogues ... Une palette de parfums ...

L'ouïe :
Au début, on ne s'en rend pas vraiment compte. La vue et l'odorat sont un peu saturés, l'emportant sur ce que perçoivent nos oreilles.
Et pourtant, le bruit est prédominant.
Entre la circulation et ses coups de klaxons incessants (pour passer, pour laisser passer), les appels des garçons à l'arrière des cars qui annoncent la destination aux passants, les sifflets des policiers qui tentent tant bien que mal de gérer les entrées et sorties de la ville, la musique qui sort des échoppes, les muezins qui appellent à la prière, les gens qui s'interpellent, les sirènes des corbillards, le bêlement des moutons ... quand le calme de la nuit arrive, on perçoit à peine le chant des grillons.
Mais dès que le jour se lève, on sent déjà que Dakar va vivre !
Les coqs n'hésitent pas à annoncer leur réveil, suivis de près par les oiseaux et autres milans ou encore corbeaux.

Le toucher :
La c'est plus délicat !
Et pourtant, il y a cette sensation (pour un toubab bien sûr) d'avoir toujours les mains moites et donc sales (il faut dire que la poussière est partout).
Toutes les surfaces apportent leur lot de ces particules qui se déposent dans les moindres recoins.
Prévoir donc une provision de savon ! Mais c'est un peu peine perdue !

Le goût :
Dans ce domaine, j'élimine tout de suite le goût âcre que l'on a dans la bouche après chaque déplacement (poussière et pollution).
Je me tournerais plutôt vers la saveur des plats que l'on peut goûter, souvent à prix modiques.
J'ai rarement mangé des brochettes aussi délicieuses ou encore des poissons grillés qui dégagent autant de saveur.
Les accompagnements en légumes sont préparés avec peu d'épices, mais toujours dans un dosage parfait (éviter les frites ! On n'a jamais fait des miracles avec ce plat !)
Donc, un vrai régal qui change chaque jour et j'attends encore d'en découvrir davantage.
Laissez-vous tenter aussi par un thé local si le caractère particulièrement sucré de cette boisson ne vous fait pas fuir.

J'ai fait le tour de nos 5 sens, mais les quelques semaines passées ici me conduisent à un ajouter un  sixième : le coeur, l'âme ...

Car s'il y a une chose qui domine par dessus tout ici, c'est la gentillesse et l'absence d'agressivité et cela fait un bien fou !
Bien sûr, on prend quelques bleus (à l'âme j'entends).
Quand on croise la misère. Quand du haut de nos certitudes de gens "civilisés", on tente de jauger les conditions de vie. Quand on voit émerger à la fenêtre de la voiture, les yeux d'un gamin trop petit pour se hisser suffisamment haut. Quand une veille femme vous demande simplement de lui donner 100 francs pour manger (0,15 €).
Quand on s'aperçoit brutalement qu'ici, le monde est trop grand pour pouvoir sauver tout le monde.

Quand on découvre surtout qu'un "bonjour", un sourire ou une simple parole de réconfort amène toujours un "merci" et un sourire en retour.

Alors, on parvient à comprendre (enfin ?) que les choses qui nous sont importantes sont futiles et qu'un peu d'humilité et d'humanité permettent une intégration réussie à coup sûr.





2 commentaires:

Unknown a dit…

Magnifique, j'ai souris, ris, et intérieurement pleurer à la lecture de ces lignes. On sent que l'auteur ne dit que ce qu'il vit et ressens. C'est à la fois sobre et profond. Attention néanmoins aux fautes d'orthographe qui se glissent malicieusement.

Bonne continuation

Abdel Ali regardscr.blogspot.com

Unknown a dit…

Merci Abdel pour ces paroles encourageantes. Cela me touche venant d'un habitant du pays.
Je n'ai pas encore entamé le déplacement jusqu'à Thiès ... cela viendra en son temps !
Effectivement, l'émotion ressentie en écrivant ces quelques lignes m'a conduit à manquer de vigilance dans la relecture et la correction des "fautes malicieuses". J'espère les avoir toutes rectifiées.
Mais j'apprécie aussi que d'autres "fautes malicieuses" se soient glissées dans votre commentaire qui démontrent ainsi que votre approche est tout aussi sincère que la mienne.
Malicieusement... et surtout cordialement,en espérant vous relire ici